Histoire du foot au féminin (2) : le déclin


Mercredi dernier, nous avions évoqué dans le premier volet de l’histoire du football au féminin, les débuts de la pratique dans les années 20. L’engouement n’aura hélas pas duré longtemps. Très vite, les footballeuses vont être décriées et priées d’aller ranger leurs "godillots" à crampons. Là encore, vous constaterez à la lecture d’articles de presse de l’époque que certains débats qui font rage aujourd’hui (professionnalisme, violence...) étaient déjà d’actualité il y a un siècle...

Après l’engouement du début des années 20, l’activité va vite stagner. A l’étranger, le même déclin apparaît. En Angleterre, la fédération interdit ainsi aux clubs affiliés d’héberger des équipes féminines. Querelles entre fédérations, problèmes financiers, atteintes aux bonnes mœurs, tous les indicateurs sont négatifs.

Premier grief : le « professionnalisme ». Il est pour la première fois évoqué lorsque la FSFSF (Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France) est mise en cause par une autre fédération qui considère les frais de déplacements comme des salaires. On évoque également déjà des premiers transferts. Ainsi, certaines joueuses seraient contactées par d’autres clubs qui leur proposeraient de l’argent, du matériel et autres avantages en nature. Racolage est le terme alors employé. Une Ligue d’Honneur contre le racolage est même mises en place !

« Le racolage a gagné les clubs sportifs féminins, lit-on dans L’Auto du 9 novembre 1927. Pour n’avoir plus rien à envier à leurs frères sportifs, nos sportives ont profité du mois de septembre pour changer de club et quitter le club et le dirigeant qui les a formées. De ce fait, sur les terrains féminins, il n’est bruit actuellement que de mutations, changements de clubs et même de racolage. On cite telle équipe composée en majeure partie de joueuses appartenant l’an dernier à un autre club ; telle autre renforcée d’une excellente joueuse d’un autre club, lequel club qui depuis trois ou quatre années l’avait formée, perd de ce fait tout le bénéfice de sa valeur actuelle et voit son équipe amoindrie. »

« Ce serait le pire des désastres si le sport féminin prenait la même orientation que le sport masculin, prévient le Dr Pillet dans la revue Sportives, en décembre 1922. Ce dernier est, à l’heure actuelle, agité par la question du professionnalisme. Il n’est bruit de tous côtés que d’athlètes, de rugbymen, de soccers achetés ou payés comme bêtes au marché. Le sport féminin doit profiter de l’expérience du sport masculin. »

La violence fait également son apparition. En mars 1923, lors de la finale du Championnat de Paris entre Femina Sport et L’Olympique, un spectateur frappe l’arbitre tandis que la capitaine de l’Olympique... Violette Moris, est accusée de faire prendre des excitants à ses coéquipières. Fortement décrié par l’opinion publique, la pratique du football, par les femmes est accusée de nuire au développement du sport féminin dans son ensemble. Par l’image qu’il véhicule, le football découragerait les filles de se mettre au sport. Le football est finalement exclu de la FFSF (Fédération Française Sportive Féminine) en mai 1933. Les clubs parisiens se regroupent pour créer la Ligue Féminine de Football Association (LFFA). La LFFA change vite de nom pour devenir la Fédération Française de Football Féminin (FFFF). Si à Paris, les clubs parviennent à vivoter, la situation en en Province est beaucoup plus délicate. Les uns après les autres, les clubs disparaissent. La disparition complète du football féminin se situe probablement fin 1937
Dans les années suivantes, malgré le développement de la pratique sportive féminine, le football féminin n’existe plus. Il faudra attendre de nombreuses années pour assister à sa renaissance.

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