Histoire du football au féminin (4) : Naissance du Championnat de France


Lors du précédent épisode de cette histoire du football au féminin, nous avions évoqué la renaissance de la pratique à la fin des années 60. Cette renaissance avait été symbolisée lors du conseil fédéral du 29 mars 1970 par la reconnaissance officielle du football féminin par la Fédération française. Dans ce quatrième volet, découvrez comment l’évolution de la discipline à travers toute la France et l’augmentation du nombre de licenciées conduisirent à la création du Championnat de France en septembre 1974.

La discipline tisse au fur et à mesure une grande toile avec la création dans la plupart des régions de commissions régionales du football féminin. Plus une réunion des pontes fédéraux ne se déroule sans que soit évoqué le football féminin. 
Pour la première fois, la présence de footballeuses apparaît dans les statistiques officielles de la FFF. Pour la saison 70-71, elles sont 2170 sur les 758 559 licenciés (Paris : 142 ; Sud-Est : 220 ; Normandie : 178 ; Lyonnais : 286 ; Centre-Ouest : 227 ; Nord : 148 ; Midi : 0 ; Picardie : 186 ; Auvergne : 0 ; Nord-Est : 329 ; Franche-Comté et Corse : 0, etc).

La saison suivante, la progression est évidente avec 4 900 joueuses (Paris, 286 ; Sud-Est : 520 ; Normandie, 390 ; Lyonnais, 528 ; Atlantique : 413 ; Centre-Ouest : 535 ; Nord : 435 ; Midi : 0 ; Alsace : 393 ; Picardie, 111 ; Nord-Est, 288 ; Franche-Comté, 0 ; Corse, 0 ; etc). 
Dès lors, les effectifs vont sans cesse progresser (72-73 : 5518, sur un total de 930 499, réparties dans 320 clubs ; 73-74 : 5654 ; 74-75 : 6048 ; 75-76 : 7045 ; 76-77 : 8743 ; 77-78 : 11674 ; 78-79 : 16028 dont 4 551 cadettes et 1 048 benjamines ; 79-80 : 18315)

« Le football féminin est une réalité sérieuse, constate Marcel Laugel, président du district du Bas-Rhin, dans le France Football Officiel du 4 octobre 72. Il évolue et progresse rapidement. On cherche souvent à le classer dans la hiérarchie de notre football. On se demande s’il est comparable à celui pratiqué en une série inférieure départementale senior ou au niveau des championnats juniors régionaux. Eh bien le football féminin ne peut être comparé à un niveau quelconque du football masculin. Il est différent. Les joueuses commettent certes fréquemment des maladresses inhabituelles chez les jeunes cadets mais elles réussissent souvent des déviations et des exploits de simplicité, spectaculaires qu’on ne voit pas dans des matches masculins de division d’Honneur. Il y a quelques années, le public venait par curiosité et souvent se distrayait agréablement. Aujourd’hui, surtout lorsque l’on voit à l’œuvre une équipe championne comme celles de Reims ou de Schwindratzheim, on est étonnés, surpris et finalement conquis. » 
Les instances européennes suivent également de près cette « révolution » même si l’Union européenne ne veut pas se précipiter et refuse d’organiser aucune compétition ni pour les clubs, ni pour les équipes nationales représentatives. Dans la mesure du possible, les associations nationales sont appelées à contribuer au développement du football féminin.

Photo : L’équipe de Soyaux à son origine au milieu des années 70.

Le premier championnat de France est mis sur place lors de la saison 1974-1975. Il est baptisé « Challenge Chesterfield » et réunit seize équipes réparties en quatre groupes. Le 7 septembre 1974, la bible du football, le magazine France Football, sous la plume de Tony Arbona, lance alors un retentissant « Bienvenue au football féminin » « Le football et la femme, lit-on. C’est nouveau ou presque. On sait qu’il existe mais rares sont les sportifs qui pourraient citer trois noms de joueuses de l’équipe de France, laquelle existe pourtant depuis deux ans. (...) Aujourd’hui, en natation comme en cyclisme, en aviron comme au tennis et en athlétisme comme en natation, les femmes ont conquis leur place et bien souvent on compte sur elles pour donner plus de lustre au sport français. En football, nous n’en sommes pas là. Pas encore. Pourquoi ? Sport viril, sport de contact, le football est-il interdit à la femme ? Le mouvement n’est pas nouveau. Mais le voilà qui s’amplifie. Parti de Reims, pays de football, il a gagné toute la France. »

C’est donc le 22 septembre 1974 que se disputent les premières rencontres officielles du Championnat de France féminin. L’histoire retiendra les résultats de ce jour, à savoir : Saint-Maur - Fourmies, 0-1 ; Rouen - Reims, 1-3 ; Metz - Valentigney, 1-0 ; Vitry - Vendenheim, 1-1 ; Cavaillon - Caluire, 0-2 ; Cannes - Romagnat, 1-5 ; Limoges - Challans, 3-3 ; Bergerac - Orléans, 9-3. 
Le Championnat de France est né. Vainqueur de son premier match, le Stade de Reims entame une grande période de domination.


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